Gilles Boucaumont
     

 

La Bible en rondelles

Voici le bref écho d'un travail universitaire sur le lectionnaire (liste proposant une lecture biblique pour chaque jour) de la Fédération Protestante de France. Les constats sont plutôt étonnants et montrent combien tout choix de texte biblique est lourd d'implications théologiques.

De nombreuses listes de lectures bibliques existent. Elles nous aident à débroussailler un chemin dans la forêt des deux testaments. Depuis près de vingt ans, les Eglises réformées suivent souvent la liste distribuée par la Fédération Protestante de France, qui est le mélange d'une liste œcuménique allemande (semaine) et de la liste catholique issue de Vatican II (dimanches et fêtes). Suivre cette liste revient à faire un geste d'unité non négligeable. Mais cette utilisation s'est répandue sans qu'aient été étudiées au préalable les conséquences sur notre prédication.

Nous nous interrogeons : est-il pertinent, pour un protestant, de tout articuler autour des quatre Evangiles ? Paul n'a-t-il pas été, en quelque sorte, le premier évangéliste ? Ses lettres ont permis de retrouver, au XVIe siècle, le message du salut par la grâce seule, par le moyen de la foi. Peut-on accepter que les passages où Jésus se montre trop véhément soient évincés des séquences retenues pour la prédication dominicale ? L'Ancien Testament n'a-t-il pour fonction que d'illustrer le Nouveau ? Et cela va plus loin : nos pasteurs savent-ils que le texte d'épître proposé chaque dimanche n'a aucun lien avec l'Evangile et l'Ancien Testament ? Bien souvent ils l'ignorent et s'échinent à trouver un rapport ; parfois en vain, et pour cause !

Une liste est toujours un choix. La Bible porte en elle-même les traces de ce processus de choix : elle répertorie les livres que nos pères dans la foi ont jugé dignes de figurer dans le "canon" des Ecritures (canon signifie "règle", il s'agit de la liste des textes bibliques). Aussi chaque fois que nous suivons une liste, nous gardons et rejetons successivement certains passages, créant notre propre "canon dans le canon".

Cette liste que nous suivant sans savoir ce qu'elle contient nous conduit à garder et rejeter certains textes. Choisir est toujours contraignant, mais pouvons-nous durablement nous enfermer dans un système triennal qui mettrait de côté de nombreux textes fondamentaux ? D'autant plus quand l'écoute hebdomadaire de la Bible est trop fréquemment, pour bien des nôtres, la seule référence hebdomadaire à l'Ecriture.

Gilles Boucomont, pasteur, ERF, Rouen