Bernard Rodenstein
     

 

Il faut aller à l'essentiel

" Je cherche l’homme ", répondait Diogène le philosophe, à qui l’interrogeait quand il parcourait les rues, une lampe allumée à la main, en plein jour. Trouver l’homme, voilà la tâche urgente pour laquelle nous devons nous réveiller ensemble.

C’est l’homme qui place la bombe dans le métro et qui la fait sauter sans égard pour rien ni pour personne. C’est l’homme qui envoie son enfant à l’école le ventre vide dans une ville où les poubelles débordent du trop plein de beaucoup. C’est l’homme qui exploite son semblable et qui met en œuvre tous les stratagèmes possibles pour se servir au détriments des autres. C’est l’homme qui trace la frontière entre le bien et le mal et qui s’arroge le droit de réduire au silence celui qui est différent.

Cet homme-là, Diogène ne l’a que trop rencontré. Il connaissait cependant l’existence d’un homme autre, à la recherche duquel nous sommes lancés à notre tour.

Nul ne rêve de se trouver sur la paille, c’est pourtant à celui qui fut, à sa naissance, couché sur la paille, que nous ramène notre quête d’homme. Qu’avait-il de plus ou de différent ? La conviction que tout se joue dans la relation fraternelle, que l’amour est l’unique richesse qui remplit pleinement la vie et qui ne déçoit jamais. La promesse de cette plénitude lui a été faite comme à tous les hommes. Il y a cru; Il a pris au sérieux cette offre. Il a engagé sa vie sur cette promesse. Pourquoi lui ? Parce qu’il était sur la paille. Il n’avait rien à perdre. Il a pu oser. Tout est donc là : pour risquer sa vie sur l’amour, il ne faut rien avoir à perdre. Sauf les illusions qui empoisonnent notre existence. Ni le pouvoir, ni l’argent, ni la compétition ne nous ouvrent aux autres. Or, c’est avec eux, dans une rencontre vraie que notre dimension d’homme prend de l’épaisseur et de la valeur.

Bernard Rodenstein