Pierre A. Bailleux
     

 

Je vous le demande

Notre église a une double mission à remplir : édifier et former les membres de notre communauté locale et participer, avec les autres églises de l’EPUB, à l’annonce de l’Évangile. C’est gratuitement qu’elle annonce la Parole. Mais cette annonce a un « coût », et nous ne disposons à cet effet que de l’offrande et des cotisations des membres et sympathisants.

Qu'aurait été le protestantisme libéral si nos prédécesseurs s'étaient désintéressés des finances de l'église? Souvenons-nous que notre église aura bientôt 150 ans. Et oui, vous lisez bien! C'est en 1861 que nous retrouvons les traces, dans les régions d'Ittre, Bornival, Braine-le-Château, Waterloo, Rhode-Saint-Genèse, Lasne, Sart-Dames-Avelines, Bousval et Genappe, de ceux qui, en 1888, érigeront notre premier temple à Ittre sous l'impulsion du président du synode, le pasteur Émile Rochedieu et d'un apôtre du libéralisme, le comte Eugène Goblet d'Alviella. Qu'aurait été le protestantisme libéral sans eux et tous ceux qui, de décennie en décennie, ont soutenu l'église et ses pasteurs ? Je vous le demande.

À vous, parents qui, pendant des années, nous avez confié vos enfants afin que nous leurs inculquions, notamment, les valeurs sûres du protestantisme (liberté de conscience, droiture, rectitude, sens des responsabilités) : votre responsabilité est toujours engagée même et surtout si depuis lors, vos "grands" enfants se sont envolés vers d'autres horizons. S'engager – d'une manière ou d'une autre – c'est se battre pour les autres.

À vous qui avez fait appel au pasteur pour partager la joie d'une naissance et d'un baptême ou d'une présentation, pour célébrer un mariage ou un enterrement et soutenir la famille en deuil, vous qui avez exprimé pudiquement votre reconnaissance : que feront les prochaines générations si une des dernières églises libérales disparaissait faute de moyens ?

À vous qui avez demandé l'aide du pasteur dans un moment de détresse morale, chez vous, à l'hôpital ou dans un home : à combien évaluez-vous - oui, en euros - cet accompagnement en rapport avec celui d'un médecin ou d'un psychologue ?

À vous qui vous sentez un peu isolés dans cette diaspora protestante, ou qui – pour de multiples raisons – avez "perdu de vue" l'Alliance mais restez néanmoins attachés à ses principes d'accueil, de pluralisme, de tolérance qu'elle pratique depuis toujours, alors que la société civile découvre leur urgente nécessité, soyez assurés que votre engagement actuel préserve les chances de continuité de ces valeurs chères à la Réforme. Vous engager maintenant, cela témoigne de l'ambition que vous maintenez pour les générations futures.

À vous qui paraissez déstabilisés et perturbés par les dérives de la société actuelle : connaissez-vous beaucoup d'« institutions » qui maintiennent, envers et contre tout, leurs valeurs éthiques essentielles depuis bientôt cinq siècles : liberté de conscience, libre examen, droiture, rectitude, tolérance et respect ?

Que serait le protestantisme libéral sans vous et tous ceux qui, de décennies en décennies, continueront à se battre pour des idées et à soutenir l'église et ses pasteurs ? Je vous le demande.

Pierre A. Bailleux, le 25 septembre 2003