Jean-Marie de Bourqueney
     

 

Le regard du frelon

Il paraît que les insectes voient différemment de nous. En tout cas, je ne sais comment le frelon, à qui je venait d'envoyer une bonne rasade d'insecticide, me voyait. Mais, bien que légèrement « groggy », le voilà qui, dans une ultime méchanceté, m'attaque bille en tête, tout dard sorti. Heureusement (pour moi…) mon pantalon suffisamment épais le vit s'écraser en ne laissant sur la blancheur du tissu que la trace posthume de sa fatale attaque. Ultime honneur ou bête méchanceté ?

Il est parfois étrange de constater que, bien que doué de raison, bien que partiellement émancipé du règne de l'animalité, l'homme n'est parfois qu'une bête, bêtement méchante. Les témoins au procès de Klaus Barbie racontaient tous que le souvenir qui les hantait encore cinquante ans plus tard, c'était le regard de cet homme. Même si l'intelligence peut être présente dans la méchanceté, le regard du frelon reste.

Dans les évangiles, Jésus, dans ses innombrables rencontres « en passant », cherche toujours à modifier le regard des humains sur Dieu, sur eux-mêmes et sur les autres. Changer de regard c'est percevoir le monde de manière sans cesse renouvelée. C'est pour cela que 2000 ans plus tard, la foi est toujours nouvelle…

Jean-Marie de Bourqueney, Evangile et liberté, février 2000