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Le regard du frelon
Il paraît que les insectes voient différemment
de nous. En tout cas, je ne sais comment le frelon, à qui
je venait d'envoyer une bonne rasade d'insecticide, me voyait.
Mais, bien que légèrement « groggy »,
le voilà qui, dans une ultime méchanceté,
m'attaque bille en tête, tout dard sorti. Heureusement (pour
moi…) mon pantalon suffisamment épais le vit s'écraser
en ne laissant sur la blancheur du tissu que la trace posthume
de sa fatale attaque. Ultime honneur ou bête méchanceté ?
Il est parfois étrange de constater que,
bien que doué de raison, bien que partiellement émancipé du
règne de l'animalité, l'homme n'est parfois qu'une
bête, bêtement méchante. Les témoins
au procès de Klaus Barbie racontaient tous que le souvenir
qui les hantait encore cinquante ans plus tard, c'était
le regard de cet homme. Même si l'intelligence peut être
présente dans la méchanceté, le regard du
frelon reste.
Dans les évangiles, Jésus, dans
ses innombrables rencontres « en passant », cherche
toujours à modifier le regard des humains sur Dieu, sur
eux-mêmes et sur les autres. Changer de regard c'est percevoir
le monde de manière sans cesse renouvelée. C'est
pour cela que 2000 ans plus tard, la foi est toujours nouvelle…
Jean-Marie de Bourqueney, Evangile et liberté,
février 2000

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