Béatrice Spranghers
     

 

Serait-ce possible alors ?

Entre le grand cri de ce vendredi-là et l'aube du dimanche, un interminable silence où la Parole, momentanément vaincue, se tait.
« La Parole du Seigneur était rare en ces jours-là » (1 Samuel 3,1).

Quand la Parole cesse de circuler, de vibrer, d'animer, la lumière de la vie décline et s'éteint. L'obscurité peut couvrir la terre pendant trois jours comme au temps des sinistres fléaux d'Egypte (Exode 10,22). Les chefs religieux, les hommes d'autorité détiennent ce terrible pouvoir de museler la Parole jusqu'au troisième jour, une sombre éternité. L'humanité a cette redoutable capacité de la réduire au silence.

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais ce délai passé, Dieu reprend le dialogue si longtemps interrompu. La Parole se relève du tombeau où le pouvoir dogmatique croyait l'avoir à jamais enfouie.

« La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pas pu la retenir» (Jean1,5).

La Parole est plus forte que tous les pouvoirs d'où qu'ils viennent, quels qu'ils soient. Le pouvoir passe avec son cortège d'injustices, de souffrances, de lamentations, de mort.

Ce qui ressurgit du trépas oppressif, c'est la Parole-Vie, la vie plus forte que la mort. Impossible de la bâilloner définitivement. Et les questions intemporelles persistent :
- « Où es-tu ?» (Genèse 3,9)
- « Où est Abel, ton frère ? » (Genèse 4,9)
- En est-il un qui dise : « Où est le Seigneur ? » (Jérémie 2,6 et 8)

Ce matin-là, l'Amour l'emporte sur la haine.
L'espérance… serait-ce possible alors ?
L'alliance persiste. Tout est encore possible.
C'est la Pâque de l'Eternel !

Béatrice Spranghers, 9 avril 2004