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De l'intelligence, de l'émotion et
de l'action
[…] Généralement, les protestants
se reconnaissent bien dans cette société sérieuse
: ni fantaisie douteuse, ni émotion suspecte. De la raison
et de la rigueur! Voilà les gages d'une vérité sociale
et culturelle. Et pourtant, ne sommes-nous pas émus ou surpris
chaque jour dans notre vie ? Tout se passe comme si nous voulions
(particulièrement nous, les protestants) opposer le sérieux
et l'inutile.
À ma gauche (ou à ma droite après
tout, devoir de neutralité politique oblige…) : le
sérieux et son cortège de réflexions de haute
volée, d'actions concrètes et efficaces, de foi empreinte
de tradition et de recueillement.
À ma droite (ou à ma gauche, ibid…) : l'inutile et son magma
de démagogie, de sensibleries inutiles et d'humour sacrilège.
Et si nous nous trompions ?… Et si l'émotion était,
avec la réflexion et l'action,
l'un des trois piliers de la foi chrétienne. Nulle tendance
chrétienne n'a le monopole de l'un de ces piliers.
Nous devons, avec nos accents libéraux d'ouverture
et de réflexion, refuser de fermer la porte à l'émotion.
Sinon, nous la laisserions cultiver dans les sphères religieuses
où l'on s'escrime, non sans succès, à remplacer
l'intelligence par l'émotionnel.
Or l'intelligence sans émotion est
froide et déconnectée de nos réalités
tandis que l'émotion "pure" sans réflexion
est simplement affligeante de bêtise. […]
Jean-Marie de Bourqueney,
Evangile et liberté, juin-juillet 2004, p. 7

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