Jean-Marie de Bourqueney
     

 

De l'intelligence, de l'émotion et de l'action

[…] Généralement, les protestants se reconnaissent bien dans cette société sérieuse : ni fantaisie douteuse, ni émotion suspecte. De la raison et de la rigueur! Voilà les gages d'une vérité sociale et culturelle. Et pourtant, ne sommes-nous pas émus ou surpris chaque jour dans notre vie ? Tout se passe comme si nous voulions (particulièrement nous, les protestants) opposer le sérieux et l'inutile.

À ma gauche (ou à ma droite après tout, devoir de neutralité politique oblige…) : le sérieux et son cortège de réflexions de haute volée, d'actions concrètes et efficaces, de foi empreinte de tradition et de recueillement.
À ma droite (ou à ma gauche, ibid…) : l'inutile et son magma de démagogie, de sensibleries inutiles et d'humour sacrilège.

Et si nous nous trompions ?… Et si l'émotion était, avec la réflexion et l'action, l'un des trois piliers de la foi chrétienne. Nulle tendance chrétienne n'a le monopole de l'un de ces piliers.

Nous devons, avec nos accents libéraux d'ouverture et de réflexion, refuser de fermer la porte à l'émotion. Sinon, nous la laisserions cultiver dans les sphères religieuses où l'on s'escrime, non sans succès, à remplacer l'intelligence par l'émotionnel.

 Or l'intelligence sans émotion est froide et déconnectée de nos réalités tandis que l'émotion "pure" sans réflexion est simplement affligeante de bêtise. […]

Jean-Marie de Bourqueney,
Evangile et liberté
, juin-juillet 2004, p. 7