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Pardieu, j’y crois au diable.
Sans quoi,
comment serais-je ce que je suis ?
Paul TILLICH disait que Dieu est peut-être ce que nous avons
de plus profond et de plus intime en nous, que nous ne savons pas
nommer, si ce n’est par le terme de profondeur.
Le Diable est du même ordre, ce que je n’arrive pas à nommer,
mais qui vient perturber ma profondeur mais aussi mon extérieur.
Je ne saurais lui donner une figure, une attitude, mais je constate
dans ma vie, et dans le monde cette puissance et cette force. Le
diable (dia-bolos), vient diviser, mettre la zizanie, c’est
un perturbateur, il s’oppose au symbole (sun-bolos), la parole
et les sacrements, qui rassemblent, donnent une forme, un sens,
un ordre et permettent à la vie de naître.
Le diable, c’est ce qui me permet de donner un nom à la
folie des hommes, la folie que traite les psy, mais aussi celle
de l’injustice sociale, de la violence délibérée
ou de la maladie.
Le monde n’est pas un ring où s’affronteraient
puissances bénéfiques et maléfiques ? Mais
le monde et ma vie sont des lieux de grâces reçues,
mais sans cesse exposées au risque de la perdition, de la
maladie, de la violence. Ce que je reçois (ma vie, l’amour
de l’autre, mes relations, mon travail, etc.) sont un don
sans cesse aux prises avec le risque d’un dévoiement,
d’une faille, ou d’un détournement. Le diable
entre par effraction, il prend le pouvoir, il s’insinue,
il peut me perdre. Si, selon la bonne formule théologique,
Jésus est pour le pécheur et contre le péché,
le diable est pour le péché et contre le pécheur.
Le diable sollicite mon agressivité car il y a un vrai combat
contre le diable et pour la vie, la maintenir dans un projet, lui
donner un sens, garder et faire fructifier le don reçu.
Je retrouve ce combat dans certains dialogues et
tout particulièrement
dans une relation d’aide. Face à des personnes en
souffrance, la rencontre paraît un combat entre ce qui divise
et perturbe et ce qui peut apaiser et rassembler. L’entretien
permet d’assister à une sorte de lutte entre le diviseur,
et le désir de se rassembler. J’ai pu faire l’expérience
de personnes en profonde lutte interne, par exemple en cas de dépression,
pour retrouver un élan de vie et du lien face à une
prodigieuse puissance qui semble attirer le dépressif vers
un fond. La présence d’un tiers et la parole prononcée
et échangée viennent alors offrir, comme une grâce,
un “ rassemblement ”, contre “ l’écartement ” de
la personne, pour reprendre une expression du Psalmiste.
Mais le diable n’est pas que de l’ordre de l’inquiétant,
et du nuisible. Il s’appelle aussi Lucifer et trouve son étymologie
dans la lumière (Lux). C’est dire qu’il y a
des moments de bazar existentiels et sociaux qui peuvent être
aussi source de lumière et d’avancée. C’est
dire que nos vies ont parfois besoin d’être visitées
et troublées par ce “diable-lumineux” pour y
mettre un peu d’air, de clarté, et peut-être
de souffle. Il y a des séparations et des révolutions
dures et douloureuses, sources de blessures, mais aussi de vie
et de nouveauté. Dieu n’est pas que du côté de
la paix confite ou de l’amour communautaire, pas plus que
le diable n’est que du côté du péché mignon
et malin.
Je reste toujours surpris par les “ afin que ” des évangiles
! Pourquoi interrogent les évangiles, cet homme est-il lépreux,
pourquoi le péché, la souffrance, et la mort ? Pourquoi
je m’interroge dans ma vie, le diable et “ lucifer-lumineux ” qui
envahissent nos vies, nos écartèlements ou nos conflits
personnels ou sociaux ?
“
Afin que ”, c’est la réponse de l’évangile. “ Afin
que la gloire de Dieu soit manifestée ”.
Je crois que même le diable y contribue.
Jean-Paul Sauzède, Evangile et liberté

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