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Du bon usage de la différence
Au
moment où certains membres du Synode remettent en question
le pluralisme de notre église, voici quelques extraits d'un
long article d'André Gounelle "Catholiques et protestants,
du bon usage de la différence".
Je vous propose de remplacer le terme "œcuménisme"
par celui de "pluralisme".
Pierre
A. Bailleux
"L'Église unie, écrit Tillich dans
un étonnant et combien profond paradoxe, c'est l'Église
divisée". Une Église unique serait tentée
de se poser en absolu et de tomber dans auto idolâtrie. Elle
serait aussi redoutable qu'un seul parti politique ou qu'un seul
journal dans un pays. Il ne faut pas avoir peur des grands débats
théologiques, et les déplorer. Ils sont vivifiants.
Ils nous détournent d'absolutiser nos positions, et nous
empêchent de nous crisper dans des contestations systématiques,
et des affirmations unilatérales.
Toutefois, la différence ne sera féconde,
interpellante et dynamique que si la relation se poursuit et se
développe dans l'amitié et la considération
réciproques. À cet égard, la situation d'autrefois
a eu des effets fâcheux. Elle a entraîné une
ignorance ou une hostilité réciproques. Chacune des
confessions a eu tendance à vivre et à se développer
indépendamment de l'autre. Quand il y a rejet et négation
de l'autre, on n'a pas une tension positive et dynamique. Lorsque
les désaccords se conjuguent avec l'estime et la sympathie,
alors ils deviennent utiles et productifs. Pour qu'il puisse y avoir
une interpellation mutuelle et une discussion féconde, il
faut porter attention à l'autre, se préoccuper de
ce qu'il dit, vit et pense. On fait bon usage de la différence,
quand on demeure proches, quand on se respecte les uns des autres,
et qu'on s'écoute mutuellement.
[…]
Il ne s'agit donc ni de supprimer les différences,
ni de les figer, mais de les rendre positives et fécondes.
Elles signifient non pas que les uns auraient tort et les autres
raison, mais que chacune de nos confessions a une parole à
faire entendre et un service à rendre à l'autre. Elles
doivent s'interpréter comme une chance, celle d'un dialogue
qui suscite une dynamique et ouvre les chemins d'une fidélité
plus grande, et non comme une trahison et un malheur. On a trop
crié à l'infidélité de la division :
l'infidélité ne se situe pas dans la divergence, mais
dans la manière de la vivre. Je souhaite qu'en œcuménisme
on abandonne une mentalité "homophile". Il n'est
pas nécessaire de devenir identiques ou semblables pour pouvoir
s'aimer et cheminer ensemble.
[…]
J'appelle de mes vœux un œcuménisme
hétérophile, qui accepte la diversité, et qui
y voit un élément essentiel de l'amour. La communion
ne supprime pas les divergences, mais les prend en compte dans un
dialogue vivant et fécond. De même dans un couple,
l'amour n'empêche pas les scènes de ménage.
Au contraire, quand des époux ne se disputent plus, cela
veut souvent dire qu'ils ne s'aiment plus. Toutefois, leur amour
rend leurs désaccords bénéfiques et constructifs,
alors que sans amour ils deviendraient destructeurs et maléfiques.
Notre
compréhension et notre pratique de l'évangile s'approfondissent,
se renforcent et se rectifient par de constantes confrontations.
L'Esprit associe les opposés. Il ne supprime pas l'un ou
l'autre, mais il change les antagonisme qui enferment chacun dans
son camp en des polarité qui ouvrent à des perspectives
nouvelles, et invitent à des transformations créatrices.
La divergence devient alors non pas un obstacle, mais un facteur
de communion. Les harmonies les plus belles sont faites de discordances
qu'on a su conjoindre; ainsi, Bach, le jazz, Van Gogh ou Picasso,
etc.; ainsi le christianisme quand l'Esprit y souffle. L'œcuménisme
ne consiste pas à supprimer les différences, mais
à apprendre à en faire un bon usage.
André
Gounelle,
Faculté de Théologie Protestante (I.P.T.), Montpellier
(France)
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