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Les culs-terreux de Pentecôte
Que s’est-il
donc passé à Jérusalem ce jour-là ?
Par quels prodiges ces Galiléens qui ne pratiquaient pas
la méthode “Assimil” ont-ils réussi à
se faire entendre de chacun dans sa langue maternelle, ou, selon
la traduction d’André Chouraqui “chacun les entendait
parler dans son propre dialecte, celui de sa terre natale"?
Vous imaginez cette Pentecôte-là en Suisse, en France
ou en Belgique, et que chacun entende proclamer les merveilles de
Dieu dans les mots de Liège ou de Neuchâtel, de Marseille,
et même des Fourons !
C’est pourtant bien cela, le miracle de la Pentecôte.
Ce n’est pas la performance de deux ou trois Galiléens
polyglottes à l’Eurovision de la chanson. Mais l’audace
de quelques hommes qui vont se mettre à dire des choses avec
un accent tellement personnel que tous, ce jour-là, seront
bien compris. En fait, cette histoire de dialectes est
bien plus ancienne que la Pentecôte chrétienne et même
bien plus vieille que la célèbre cacophonie de Babel.
Selon la tradition rabbinique, lorsque Yahvé
révéla les Dix commandements au sommet du mont Sinaï,
l’humanité tout entière en comprit le sens,
alors que la plupart des nations (septante, disait-on à l’époque)
ignoraient l’hébreu, et cela parce que “l’Esprit”
habitait ces paroles. Le mot “esprit” n’est
pas la meilleure traduction. Il faut dire “souffle”
en référence à Genèse 2/7 “L’Éternel
Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol.
Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme
devint un être vivant”.
Passage que l’on pourrait aussi traduire ainsi : “il
souffla sur le terreux et il devint une gorge vivante”.
N’est-ce pas ce qu’il advint aux disciples
le jour de la Pentecôte ? Remplis du “souffle sacré”
ces culs-terreux de Palestine sont devenus des gorges vivantes proclamant
les merveilles de Dieu. L’Esprit leur est monté à
la tête, Dieu déborde, et il déborde tellement
que certains s’imaginent qu’ils ont trop bu…
Pour mieux comprendre ce livre des Actes, et plus
particulièrement ce passage, il est bon de rappeler ce qu’est
la fête de la Pentecôte. Célébrée
depuis très longtemps, cette “fête des Semaines”
était aussi appelée la fête “de la Cinquantaine”.
Elle se déroulait sept semaines après la coupe des
premiers épis. On comptait, de fait, une cinquantaine de
jours entre le début de la moisson des orges et la fin de
la moisson des blés.
Un début et une fin caractérisés
par une offrande significative. En effet, au début de la
moisson des orges, on offre à Dieu, et l'on mange des pains
sans levain (le fameux pain azyme) en signe de renouveau. C’est
le pain des nomades, des gens de passage. Le pain de la Pâque
juive, la fête de “MATSOTH” qui fait débuter
la PESACH, la Pâque. Cinquante jours plus tard,
à la fin de la moisson des blés, on offre et l'on
mange des pains levés, le pain de tous les jours chez les
sédentaires, la fête de “SHEVOUOT” qu’il
ne faut pas confondre avec la “fête des récoltes”,
plus tardive, en automne. Plus tard seulement, cette
fête de la Cinquantaine (Pentecôte = 50 en grec) commémorera
le souvenir de l’Alliance entre Dieu et son peuple au Sinaï.
Ainsi, la Pentecôte qui fut d’abord un
pèlerinage d’action de grâce à la fin
des récoltes, puis la commémoration du don des Dix
commandements, de l’Alliance, est devenue pour les chrétiens
ce que j’appellerai la fête de la communication.
On a parfois appelé le livre des Actes le “cinquième
évangile” ou encore “l’évangile
de l’Esprit” ou mieux encore “l’évangile
du Souffle sacré”. Il est des commentateurs qui disent
que ce livre, les Actes, n’est pas un texte de plus, mais
une relecture entre les lignes des évangiles, une relecture
qui fait que ce Livre ne peut être lu et compris que par des
hommes et des femmes habités par le "Souffle sacré".
Cet évangile-là, pas besoin d’apprendre les
langues pour le pratiquer. Les mots de la terre natale suffisent
amplement à le faire comprendre de tous. À condition
que les culs-terreux que nous sommes deviennent des gorges vivantes.
Au moins un peu.
Enfin, le souffle de l’Esprit est lié
avec le sentiment de PAIX.
Un souhait pour cette Pentecôte : que,
sous l’action de l’Esprit, des vies puissent être
changées, des préjugés déracinés,
des craintes dissipées, des cœurs puissent s’ouvrir,
des générosités s’éveiller, et
s’opérer des réconciliations entre les hommes
et les peuples. Puisse Dieu nous exaucer !

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