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La parabole du signet
Comme tous ses collègues,
il faisait très consciencieusement son travail. Fidèle
au poste, il était aussi conscient de l'importance de sa
place et du rôle qu'il remplissait.
Il s'agissait d'un petit
signet. Mais à la différence de beaucoup de signets
qui marquent des pages dans des romans, des livres scolaires ou
des livres de poésies, notre signet travaillait dans un lieu
bien particulier... En effet, il faisait partie des signets qui
étaient à l'œuvre dans une Bible. Un pieux signet
un signet saint
en quelque sorte.
Mais n'allez quand
même pas croire que dans le petit cercle très fermé
des signets de Bible tout était pour le mieux dans le meilleur
des mondes ! Eh non ! Surprenant peut-être, mais l'honnêteté
m'oblige à le dire : il existe bien des difficultés
entre les signets bibliques !
Ainsi pendant que le
propriétaire de la Bible lisait et méditait un passage
de l'Écriture Sainte, les signets se disputaient entre eux.
Ils se disputaient pour savoir lequel d'était le plus grand,
et lequel d'entre eux marquait le passage le plus important !
Les signets du Nouveau
Testament regardaient de très haut leurs collègues
de l'Ancien Testament; pensez ils marquaient, eux, des pages parlant
du Christ, voire même des passages rapportant les paroles
du Christ, ou ses paraboles.
Oui mais, répliquaient
les signets de l'Ancien Testament, "nous nous avons les prophéties,
les débuts de l'alliance de Dieu avec les hommes nous rapportant
les paroles du Créateur à l'origine de toutes choses
"
Bref, une joyeuse ambiance, sans compter que les signets du Nouveau
Testament se disputaient entre eux. "Je suis dans le livre
des Actes, à la Pentecôte, c'est important l'Esprit;
oui mais moi je marque la page des Béatitudes et moi celle
du Notre Père !"
Notre petit signet était
de toute façon persuadé, et il le rappelait bien souvent,
d'être le meilleur, le plus évangélique, le
plus près de l'Esprit Saint, et le plus représentatif
de la grâce de Dieu. Bref le meilleur. A sa décharge
il faut dire qu'il marquait le passage de Jean 3/16, ce qui n'est
quand même pas rien comme verset : " Car Dieu a tant
aimé le monde, qu'Il a donné son Fils unique, afin
que quiconque croit en Lui, ne meure pas, mais qu'il ait la vie
éternelle".
Et ainsi, de jour en
jour, cette dispute continuait, avec son cortège de jalousie,
de mesquinerie, d'hypocrisie... Notre petit signet n'en ratait pas
une. "Je marque le cur même de l'Écriture
Sainte, d 'ailleurs le verset est imprimé en gras !"
Cela aurait pu continuer
encore longtemps si un beau jour un vieux signet - il était
là depuis le jour d'achat de la Bible - tout usé,
écorné et qui jusqu'à là ne s'était
jamais mêlé de cette querelle prit la parole et dit
à notre signet : " Chez toi il n'y a que l'encre du
verset qui a déteint
l'Esprit du verset n'a pas atteint
ton cur. "
Une parole dure
mais vraie et qui fit réfléchir notre signet mais
aussi les autres. Il aura sans doute mis longtemps, notre petit
signet, pour la digérer et la comprendre cette remarque.
Mais elle lui aura finalement appris l'essentiel : ce n'est pas
la place que l'on occupe qui est importante; c'est la place qu'occupe
la Parole de Dieu dans ma vie qui compte.
Luc Wenger,
pasteur à Selestat (ECAL)

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