|
Transmettre ou périr
On
nous annonce la mort des églises. Sans vouloir vous offusquer,
j'avouerais que ce n'est pas ce qui me afflige le plus. Par contre,
je suis consterné par le peu de cas que certains protestants
font de leur devoir de transmission.
Ils
sont fiers de leur culture protestante, des valeurs de la Réforme
telles la liberté de conscience, la responsabilité,
la rectitude. Ils pourront vous expliquer comment et pourquoi la
Réforme est à la base des démocratise modernes.
Mais vous ne les voyez plus jamais, ni à l'occasion d'un
culte, ni à une réunion d'information, ni à
l'étude biblique. Ils ne se bouculent d'ailleurs plus pour
inscrire leurs enfants à l'atelier biblique.
Et
pourtant ce sont les mêmes qui constatent avec moi l'appauvrissement
dramatique de la culture, le retour de l'obscurantisme et de ses
dieux qui se jouent les coudes avec leurs paradis et leurs enfers
: le dieu bouche-trou de nos ignorances, le dieu des consolations
illusoires, mais aussi le dieu des fouets et des gâteries.
J'ai
toujours plaidé pour une société laïque,
contre les dogmatismes religieux qui prétendent connaître
l'inaccessible et qui, en lénifiant le sacré, se sont
enfermés dans un polythéisme de marché.
J'ai
aussi plaidé pour une société pluraliste qui
exige, en ce qui nous concerne, membres de l'Église Réformée
de l'Alliance, une attitude qui se résume à six points:
1.
Comprendre ce que l'on croit
2. L'étude critique de la Bible
3. L'écoute du message de Jésus
4. L'ouverture aux autres religions et philosophies
5. L'individualisme ouvert et positif
6. La relativité des doctrines
Et
surtout pas, comme le dit le professeur Gounelle, un scepticisme
"qui ne prend rien au sérieux, cette maladie que constitue
l'indifférence aux grands problèmes, ce refus de se
soucier du sens de la vie et du monde".
Mais
au contraire, le doute propre à la Réforme, "ce
doute intellectuel qui examine, critique, vérifie me semble
nécessaire pour une foi intelligente et réfléchie,
qui sait que l'on doit aimer Dieu non seulement de tout son cur
et de toute son âme, mais aussi de toute sa pensée.
Il nous empêche de verser dans une crédulité
aveugle et fanatique. Il s'oppose au dogmatique et à la superstition,
mais il aide une foi authentique. Il est avec la foi, et pour elle".
Je
vous invite donc à la "culture de la mémoire",
c'est-à-dire un système de pensée qui tire
ses valeurs essentielles de la Réforme, de son histoire et
de ses acteurs, ces derniers furent-ils parfois en porte-à-faux
avec leurs principes.
Pierre A. Bailleux

|