Pierre A. Bailleux
     

 

À vous de juger

Dans le dernier "Courrier de l'Alliance", j'écrivais sous le titre Ici, mieux qu'en face ! :

C'est ce que clament certains évangéliques, mais ce pourrait être aussi le nouveau slogan affiché aux parvis des églises catholiques. En effet, pour le "très saint père", celui des catholiques, "la participation aux communions dans les autres confessions (hospitalité que nous pratiquons volontiers à l'Alliance) est interdite aux catholiques". Ce n'est pas tout, en effet: "l'hospitalité eucharistique ne peut être consentie qu'après de multiples précautions, certaines basées sur un tri selon la confession à laquelle appartiennent les chrétiens des autres confessions [particulièrement, les protestants], et ne peut être considérée comme une intercommunion, mais comme une communion administrée pour leur salut".

Ceci n'est pas un canular… mais la dernière encyclique (passée sous silence par les médias) du bon pape Jean-Paul II, tant adulé des mêmes médias.

Dans les "Nouvelles synodales" d'avril 2003, le président du Synode nous invitaient à participer au "Kirchentag" qui se tenait à Berlin du 28 mai au 1er juin. Le Kirchentag est une traditionnelle manifestation œcuménique qui a réuni cette année 200.000 fidèles catholiques et protestants.

Une protestante française m'écrit ceci : « Les suites de l'encyclique [publiée en avril] ne se font pas attendre. L'idée qu'elle est dirigée contre les Kirchentag (et le mouvement oecuménique en général, comme la tendance actuelle de l'ECAR – Eglise Catholique et Apostolique Romaine) se vérifie de jour en jour ». Son analyse est celle-ci : « A l'époque de Dominus Jesus, je disais que le document visait à soutenir la position des églises orthodoxes pour dynamiter le Conseil Œcuménique des Églises, à savoir que l'ECAR reprenait sa position de 1947 (1). La dernière encyclique vise à dynamiter les Kirchentag, manifestations solides d'œcuménisme à la base. Car aucun protestant ne viendra mettre en malaise la position d'un curé catholique par sa présence ou sa communion.»

J'approuve entièrement cette analyse. En effet, un prêtre catholique a été suspendu après avoir ostensiblement célébré une communion eucharistique en compagnie de protestants, bravant ainsi l'interdit du Vatican, en marge des premières journées œcuméniques chrétiennes allemandes, a indiqué mercredi son évêché. Bernhard Kroll avait notamment prononcé un sermon samedi soir (le 31 mai) devant quelque 2.500 catholiques et protestants réunis à Berlin dans l'église Gethsemane, tandis  que la communion eucharistique était dirigée par un pasteur protestant. Mgr Walter Mixa, a décidé de suspendre le prêtre de 42 ans de ses fonctions dans la paroisse de Grosshabersdorf (800 âmes) et de lui interdire de célébrer des messes. Dans son sermon, le prêtre avait notamment expliqué les raisons de sa participation à la communion et plaidé en faveur de l'unité des chrétiens.

Vendredi 30 mai, la veille de la célébration de cet office, la conférence des évêques  allemands avait indiqué examiner une éventuelle sanction contre un autre prêtre qui avait célébré la veille (le jeudi 29), dans la même église, un office religieux au cours duquel des catholiques et des protestants avaient communié ensemble. Gotthold Hasenhuettl, en poste à Sarrebruck, avait pour sa part confié qu'il ne s'attendait pas à être sanctionné, et argué qu'il avait célébré une  messe catholique "conforme au droit canon", à laquelle des protestants avaient simplement assisté.

Pierre A. Bailleux, le 13 juin 2003

(1) Le Conseil Œcuménique des Églises avait exclu les protestants unitariens (membres fondateurs du COE) à la veille de l'entrée des Églises orthodoxes afin de satisfaire leurs revendications…

Sur la suspension de Bernhard Kroll, voir: infocatho