|
La fête de la Réforme
Quelle semaine !
On ne saura plus où donner de la fête !
Nos enfants, seront en vacances : les congés
de la Toussaint ! Et depuis quelques années, ils vont dans
les rues de maison en maison en quémandant des bonbons…
pour fêter Halloween !
Dans une semaine, nos amis catholiques vont nombreux
se retrouver dans les églises pour la fête de tous
les saints, la Toussaint. Mélangeant cette date avec celle
du lendemain, le 2 novembre, jours des morts, beaucoup de nos contemporains
vont se rendre dans les cimetières, pour se souvenir des
morts, et remettre un peu d'ordre aux tombes.
Et puis, il y a nous autres, les protestants, qui
fêtons, bien discrètement il faut le reconnaître,
le jour de la fête de la Réformation.
Nous voulons nous rappeler, et rappeler autour de nous, que
le 31 octobre 1517, il y a 485 ans, un moine, un certain Martin
Luther, est allé placarder sur la porte de l'église
du château de Wittenberg une affiche en 95 thèses contre
les indulgences. Beaucoup de personnes étaient attendues
dans cette église.
Nous voici donc ces jours ci face à trois
fêtes de types très différents.
- D'abord Halloween. Connue et pratiquée
en Belgique depuis seulement quelques années, mais très
populaire aux Etats-Unis, elle nous viendrait d'Irlande. Bel argument
pour la développer en Europe : elle serait européenne.
En fait, il s'agit d'une très vieille fête païenne,
qui installait la crainte des puissances du mal. Sous la menace
d'une malédiction, il s'agissait pour un clergé plus
ou moins magicien, de recueillir une dîme obligatoire !
Bien sûr, tout ceci a évolué.
Il en est resté toute une imagerie de diables, de sorcières,
du mal, du cauchemar, de la peur. Sous une forme ludique, il reste
cette quête de bonbons, dîme moderne, sous menace de
terreur carnavalesque. Le développement de cette fête,
sa réussite en quelques années, n'est pas étrangère
à tout ce qui bouge au bruit du tiroir-caisse.
- Voici maintenant la fête catholique de
la Toussaint. Fête populaire s'il en est. Mais malheureusement,
on n'y célèbre pas tant tous les saints, que tous
les siens. C'est une fête typiquement familiale. On se retrouve,
et on se rend au cimetière pour associer les morts au rassemblement
des vivants, on y pleure et on y boit aussi beaucoup. On y meurt
beaucoup sur les routes en se rendant dans les provinces par un
climat pas toujours bon. La boucle est bouclée. Rendez-vous
à l'année prochaine.
Il faut d'abord bien expliquer que pour nous autres,
protestants, si nous nous souvenons de ceux qui nous ont précédés,
si parfois ils sont pour nous des exemples, nous n'avons avec eux
aucun autre commerce que le souvenir. Pas de prière vers
eux. Pas de prière pour eux. Leur sort actuel ne dépend
pas de nous, en aucune manière. Et notre sort actuel ne dépend
pas d'eux, en aucune manière, hormis par ce qu'ils nous ont
légué. Seuls le souvenir et un certain respect peuvent
nous amener dans le cimetière, et à n'importe quelle
date. D'ailleurs, pour des protestants chatouilleux, ce serait de
préférence n'importe quelle date, mais surtout pas
la Toussaint.
Pour nous, Dieu est le dieu des vivants. Notre souci,
nos prières doivent être orientés vers les vivants,
pour les vivants.
- Mais, nous conservons aussi le souvenir de ceux
qui nous ont précédés. Aujourd'hui, la fête
de la Réforme ou de la Réformation est la seule
fête protestante, vraiment protestante, uniquement protestante.
Nous nous souvenons de Martin Luther et de sa protestation.
En 1517, en Allemagne, un moine nommé Tetzel
parcourait le pays pour récolter des fonds pour la basilique
Saint-Pierre de Rome. C'est bien, pourquoi pas. Mais, voilà
pourquoi Luther n'était pas d'accord : Tetzel, contre l'argent,
donnait des indulgences, c'est à dire des petits bouts de
salut, des mérites devant Dieu, des bons points pour contrebalancer
les péchés, pour effacer quelques années de
"purgatoire". On pouvait s'acheter plus même qu'une
bonne conscience, on pouvait s'acheter son salut.
Voilà ce qui était intolérable
à Luther, lui qui venait de comprendre, quelques années
auparavant, que le salut que Dieu donne est gratuit, qu'il est une
grâce qu'il nous offre, au delà de tout mérite
impossible à obtenir, que ce salut est acquis par la foi,
uniquement et simplement.
Dès ses origines, la Réforme a puisé
son émulation dans une très grande confiance qui lui
a fait croire que la proclamation de la Parole était suffisante
pour faire naître et nourrir la foi de l’homme. Et que
cette foi pouvait être assez vivante pour trouver des expressions
neuves et créer des formes toujours mieux adaptées
à chaque époque.
«Abram partit sans savoir où il allait».
Et Luther partit aussi sans savoir où il allait ! Or, nous
vivons à une époque où, justement, l’homme
ne sait plus très bien où il va. Il devrait être
donc facile, dans nos églises de la Réforme, de reconnaître
avec les pères que «nous ne savons pas où nous
allons» à condition de savoir que ce n’est pas
vers quelque illusoire tour de Babel, seule image de l’unité
qu’offre la bible.
Il faudrait savoir qu’aujourd’hui comme
hier nous pouvons percevoir l’appel de Dieu à un engagement
responsable au nom de Jésus. Que notre réponse sera
toujours cette foi confiante qui ne craint pas les risques de l’aventure,
que cette foi saura toujours créer les formes d’expression
dont elle a besoin.
A l’image du «père des croyants»
et des pères de la Réforme, il importe de reconnaître
que l’appel de Dieu nous entraîne toujours hors de nos
propres sécurités, hors de l’abri d’une
institution devenue sa propre finalité, vers cette démarche
confiante de la foi. Démarche difficile parfois et souvent
ingrate, mais combien respectueuse de l’honneur de Dieu et
de la dignité de l’homme.
La fête de la Réformation devient alors
une occasion de joie et de reconnaissance, un appel à une
prise de conscience: celle que la vie est un don.
Fêter la Réforme, c'est se confier
pleinement, non pas une acceptation aveugle d'une doctrine, mais
un acte de confiance en Dieu inséparable de la confiance
en l'homme.
Pierre A. Bailleux

|
|
|