Pierre A. Bailleux
     

 

La fête de la Réforme

Quelle semaine !  On ne saura plus où donner de la fête !

Nos enfants, seront en vacances : les congés de la Toussaint ! Et depuis quelques années, ils vont dans les rues de maison en maison en quémandant des bonbons… pour fêter Halloween !

Dans une semaine, nos amis catholiques vont nombreux se retrouver dans les églises pour la fête de tous les saints, la Toussaint. Mélangeant cette date avec celle du lendemain, le 2 novembre, jours des morts, beaucoup de nos contemporains vont se rendre dans les cimetières, pour se souvenir des morts, et remettre un peu d'ordre aux tombes.

Et puis, il y a nous autres, les protestants, qui fêtons, bien discrètement il faut le reconnaître, le jour de la fête de la Réformation.  Nous voulons nous rappeler, et rappeler autour de nous, que le 31 octobre 1517, il y a 485 ans, un moine, un certain Martin Luther, est allé placarder sur la porte de l'église du château de Wittenberg une affiche en 95 thèses contre les indulgences. Beaucoup de personnes étaient attendues dans cette église.

Nous voici donc ces jours ci face à trois fêtes de types très différents.

- D'abord Halloween. Connue et pratiquée en Belgique depuis seulement quelques années, mais très populaire aux Etats-Unis, elle nous viendrait d'Irlande. Bel argument pour la développer en Europe : elle serait européenne. En fait, il s'agit d'une très vieille fête païenne, qui installait la crainte des puissances du mal. Sous la menace d'une malédiction, il s'agissait pour un clergé plus ou moins magicien, de recueillir une dîme obligatoire !

Bien sûr, tout ceci a évolué. Il en est resté toute une imagerie de diables, de sorcières, du mal, du cauchemar, de la peur. Sous une forme ludique, il reste cette quête de bonbons, dîme moderne, sous menace de terreur carnavalesque. Le développement de cette fête, sa réussite en quelques années, n'est pas étrangère à tout ce qui bouge au bruit du tiroir-caisse.

- Voici maintenant la fête catholique de la Toussaint. Fête populaire s'il en est. Mais malheureusement, on n'y célèbre pas tant tous les saints, que tous les siens. C'est une fête typiquement familiale. On se retrouve, et on se rend au cimetière pour associer les morts au rassemblement des vivants, on y pleure et on y boit aussi beaucoup. On y meurt beaucoup sur les routes en se rendant dans les provinces par un climat pas toujours bon. La boucle est bouclée. Rendez-vous à l'année prochaine.

Il faut d'abord bien expliquer que pour nous autres, protestants, si nous nous souvenons de ceux qui nous ont précédés, si parfois ils sont pour nous des exemples, nous n'avons avec eux aucun autre commerce que le souvenir. Pas de prière vers eux. Pas de prière pour eux. Leur sort actuel ne dépend pas de nous, en aucune manière. Et notre sort actuel ne dépend pas d'eux, en aucune manière, hormis par ce qu'ils nous ont légué. Seuls le souvenir et un certain respect peuvent nous amener dans le cimetière, et à n'importe quelle date. D'ailleurs, pour des protestants chatouilleux, ce serait de préférence n'importe quelle date, mais surtout pas la Toussaint.

Pour nous, Dieu est le dieu des vivants. Notre souci, nos prières doivent être orientés vers les vivants, pour les vivants.

- Mais, nous conservons aussi le souvenir de ceux qui nous ont précédés. Aujourd'hui, la fête de la Réforme ou de la Réformation est la seule fête protestante, vraiment protestante, uniquement protestante. Nous nous souvenons de Martin Luther et de sa protestation.

En 1517, en Allemagne, un moine nommé Tetzel parcourait le pays pour récolter des fonds pour la basilique Saint-Pierre de Rome. C'est bien, pourquoi pas. Mais, voilà pourquoi Luther n'était pas d'accord : Tetzel, contre l'argent, donnait des indulgences, c'est à dire des petits bouts de salut, des mérites devant Dieu, des bons points pour contrebalancer les péchés, pour effacer quelques années de "purgatoire". On pouvait s'acheter plus même qu'une bonne conscience, on pouvait s'acheter son salut.

Voilà ce qui était intolérable à Luther, lui qui venait de comprendre, quelques années auparavant, que le salut que Dieu donne est gratuit, qu'il est une grâce qu'il nous offre, au delà de tout mérite impossible à obtenir, que ce salut est acquis par la foi, uniquement et simplement.

Dès ses origines, la Réforme a puisé son émulation dans une très grande confiance qui lui a fait croire que la proclamation de la Parole était suffisante pour faire naître et nourrir la foi de l’homme. Et que cette foi pouvait être assez vivante pour trouver des expressions neuves et créer des formes toujours mieux adaptées à chaque époque.

«Abram partit sans savoir où il allait». Et Luther partit aussi sans savoir où il allait ! Or, nous vivons à une époque où, justement, l’homme ne sait plus très bien où il va. Il devrait être donc facile, dans nos églises de la Réforme, de reconnaître avec les pères que «nous ne savons pas où nous allons» à condition de savoir que ce n’est pas vers quelque illusoire tour de Babel, seule image de l’unité qu’offre la bible.

Il faudrait savoir qu’aujourd’hui comme hier nous pouvons percevoir l’appel de Dieu à un engagement responsable au nom de Jésus. Que notre réponse sera toujours cette foi confiante qui ne craint pas les risques de l’aventure, que cette foi saura toujours créer les formes d’expression dont elle a besoin.

A l’image du «père des croyants» et des pères de la Réforme, il importe de reconnaître que l’appel de Dieu nous entraîne toujours hors de nos propres sécurités, hors de l’abri d’une institution devenue sa propre finalité, vers cette démarche confiante de la foi. Démarche difficile parfois et souvent ingrate, mais combien respectueuse de l’honneur de Dieu et de la dignité de l’homme.

La fête de la Réformation devient alors une occasion de joie et de reconnaissance, un appel à une prise de conscience: celle que la vie est un don.

Fêter la Réforme, c'est se confier pleinement, non pas une acceptation aveugle d'une doctrine, mais un acte de confiance en Dieu inséparable de la confiance en l'homme.

Pierre A. Bailleux