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Les bouffons de Dieu
Je repense souvent à ce film de Youssif Chahine,
“Al Massir” où les artisans de bonheur sont ceux
qui, contre toute attente, parvienne à vivre en harmonie
avec Dieu et les hommes malgré les vicissitudes de la vie.
Malgré les outrages et les persécutions, ces disciples
d’Averroes (théologien et philosophe musulman) vivent
plus heureux que leurs oppresseurs. C'est miracle: Dieu s'est donné
à voir dans le bonheur de leur rencontre avec les autres,
mêmes s’ils sont chrétiens.
Jésus nous en dit encore plus sur la recherche
du bonheur : le bonheur n'est pas seulement l'obscur objet de notre
désir. Ce n'est pas un droit que nous pourrions revendiquer
à la face de Dieu ou du monde. C'est une promesse dont nous
avons hérité.
Depuis qu'Adam et Eve s'étaient défiés
de Dieu, nous étions incapables de croire que Dieu voulait
faire la paix avec nous. Et, pour renverser la vapeur de la méfiance,
de la haine et de la violence, Dieu a fait se lever ceux que j’appelle
respectueusement ses bouffons,
les prophètes, issus du peuple, qui ont crié Sa
vérité aux puissants de ce monde.
Dieu a fait se lever
ses bouffons, les
déclencheurs de rires dévastateurs chez les peuples
opprimés.
Dieu a fait se lever son bouffon préféré, son bien-aimé, l’annonciateur - par les
paroles qu’il a forgées - de cette promesse de paix
qui est désormais fermement plantée au cœur de
notre histoire, bonheur offert à qui osera le reconnaître
et l'accueillir.
Les conflits dans lesquels nous sommes engagés,
que ceux-ci soient intimes ou publics, personnels, familiaux, ethniques,
sociaux, économiques ou que sais-je encore, c'est là
que Dieu se donne à rencontrer, c'est là qu'il se
donne à voir. Il nous donne le courage d'y risquer toujours
à nouveau la foi, l'espérance et l'amour.
La récompense que Dieu nous a promise dans le
Sermon sur la Montagne, dans les Béatitudes, c'est comme
un crédit de bonheur illimité qu'il nous aurait ouvert
sur le compte de notre Maître, Jésus.
Et ce crédit, c'est dès aujourd'hui, ici et maintenant,
que nous sommes invités à l'engager
- en pariant sur la paix malgré le désordre
armé,
- en pariant sur la justice malgré le désordre
économique,
- en pariant sur la miséricorde malgré le désordre
de la pensée.
C'est ainsi que Dieu a choisi de redonner du sel à nos existences
que l’indifférence et l’individualisme outrancier
avaient privé de leur saveur à condition évidemment
- d’avoir ouvert nos yeux devant le désordre armé,
- d’avoir ouvert nos oreilles devant le désordre économique,
et, tels les bouffons de Dieu,
- d’oser ouvrir notre bouche devant le désordre de
la pensée.
Pierre
A. Bailleux 14|12|02

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