Pierre A. Bailleux
     

 

Le temps de la miséricorde

Reconnaître l'écart ou le décalage entre notre façon de vivre et les appels de Dieu constitue un point de départ incontournable à l'introspection en ce temps dit de l'Avent.

Comme les disciples de Jean, le Baptiste, qui avait accepté de se laisser bousculer, ébranler et déstabiliser par la parole d'un prophète, c'est l'indispensable étape pour mettre en doute la valeur de nos convictions religieuses et de notre éthique.

Vous vous souvenez des pharisiens.
Ils lui avaient laissé entendre qu'ils étaient prêts à reconnaître leurs péchés, mais qu'ils n'étaient pas disposés pour autant à réviser leurs perceptions de Dieu et leurs conceptions de sa volonté.
- Certains avaient même eu le culot de lui dire qu'ils avaient de toute manière Abraham pour ancêtre.

Vous connaissez aussi certainement les nouveaux pharisiens.
Ils se complaisent à confesser leurs péchés et surtout à dénoncer ceux des autres, mais ils ne sont pas disposés pour autant -au contraire- à réviser leurs perceptions de Dieu et leurs conceptions de sa volonté.
- Certains de ces chrétiens, ces nouveaux pharisiens, ont même le culot de prétendre qu'ils ont de toute manière le rabbi Iéshoua’ de Nazareth pour "Seigneur".

Le jugement que Jean, le Baptiste, porterait sur eux aujourd'hui est encore sans appel :
« Race de vipères! Qui vous a appris à esquiver la colère qui vient ?
Vos représentations du Maître et vos conceptions de sa volonté ne vous ont pas empêchés d'être des complices du mal. Elles sont restées stériles et improductives. Alors, n'essayez pas de vous réfugier derrière la prétention de dire en vous-mêmes :
" Nous avons Abraham pour père et nous avons le rabbi Iéshoua’ de Nazareth pour Maître " ! »

La "véritable" foi n'est pas le résultat d'une soumission aveugle à des doctrines prétendues vraies par leurs gardiens.

« Ses gardiens sont tous aveugles, sans intelligence…
délirants, ils sont couchés, amoureux de la médiocrité.
Ce sont des chiens voraces et insatiables.
Ce sont des bergers incapables de discernement.
Tous suivent leur propre voie, chacun selon intérêt !»

(Esaïe 56,10a-11)

Alors, avant de nous considérer comme les enfants légitimes d'Abraham ou les légitimes disciples du rabbi Iéshoua’ de Nazareth, produisons donc un fruit qui soit digne de notre prise de conscience.

Et, pour y arriver, parlons prudemment de Dieu, craignons les dérapages doctrinaires, cherchons avant tout à lui plaire c'est-à-dire « à pratiquer la miséricorde et non pas à sacrifier » (Matthieu 12,7).
La miséricorde entendue comme source de vie et d'amour, de bonté, cette attitude dispense la vie autour d'elle.

Pierre A. Bailleux, le 4 décembre 2004