Jean Porret
     

 

Religion ? Non merci ! Mais spiritualité, oui ! double portion

Ils entrent dans mon bureau et après deux petites minutes de discussions, je me rends compte qu'ils ne veulent pas de moi comme pasteur –représentant une religion, dite protestante, mais échanger sur ce que je suis et peux proposer. Cette première rencontre de mariage portera essentiellement sur leur mot clef, à savoir : la spiritualité.

Tous deux sont issus d'un milieu dit judéo-chrétien mais, avec une grande distance. Manifestement la religion ne passe pas, seule la spiritualité compte. De la religion il ne reste qu'une certaine base culturelle. À vrai dire, une heure de conversation convaincra que non seulement ils ont beaucoup lu et retenu, mais que la spiritualité n'est pas un mot vain. Elle transpire dans les valeurs de leur jeune trentaine et ils semblent heureux de leur découverte si chèrement acquise.

Alors me voilà de nouveaux assis sur mon banc à repenser. Pourquoi accepter de faire avec eux une si belle démarche même si nous ne sommes manifestement pas sur la même longueur d'onde, du moins en surface ? Alors, après quelques suggestions de lectures et de découverte de pistes moins fréquentées dans l'Ancien et le Nouveau Testament, le contact s'établit «pour vrai». Nous débutons un cheminement vraiment ensemble.

Que s'est-il passé pour que le fonctionnaire de Dieu devienne davantage un compagnon de route ? Car, il a bien fallut, à un moment donné, posé la question de leur intérêt à venir rencontrer un pasteur qui voulait, en fait, faire un peu plus que de leur poser les très rituelles questions de promesses et d'engagement. […]

Un mois avant le mariage, le rôle du pasteur était tout à fait clair. D'où la question : que fait un pasteur dans cette histoire ? N'est-il qu'un maître de cérémonie qui donne la parole aux mariés et à la famille comme aux grandes fêtes ? Pourquoi pas ? Après tout ce ne serait pas la première fois. Ou, au contraire, pourquoi ne pas dire et proposer ce que le mariage religieux a de plus beau et de plus riche, une véritable bénédiction, dont le pasteur serait l'intermédiaire ? Expliquons-nous. Une bénédiction, c'est dire du bien, et le bien en question c'est de demander la garde, la protection et le soleil de Dieu dans nos vies. Alors, comme ils disent si bien, ils ont «allumé». C'est clair et parlant. Voilà, le tour est joué et la boucle est complétée.

D'où quelques questions qui demeurent.
Pourquoi la religion passe-t-elle si mal et la spiritualité si bien, quand elle a sa place ?
Est-ce si grave d'avoir de la difficulté avec la religion si au moins on saisit le fond ou l'essentiel ?

Et eux, ils l'avaient fort bien saisi.

Cela veut en tout cas dire que le christianisme dont nous sommes issus n'est pas grand chose s'il ne descend pas à la veine qui fait vivre et transmettre la vie. Et nous savons fort bien que la vie est comme l'écorce d'un arbre : à force d'en enlever les couches on retrouve l'essentiel, le cœur. Et là, c'est bien vrai : Dieu dans et à travers la vie, celle nommée et l'inommable.

Jean Porret, Montréal - Québec