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Religion ? Non merci ! Mais spiritualité, oui !
double portion
Ils entrent dans mon bureau
et après deux petites minutes
de discussions, je me rends compte qu'ils ne veulent pas de moi
comme pasteur –représentant une religion, dite protestante,
mais échanger sur ce que je suis et peux proposer. Cette
première rencontre de mariage portera essentiellement sur
leur mot clef, à savoir : la spiritualité.
Tous deux sont issus d'un
milieu dit judéo-chrétien
mais, avec une grande distance. Manifestement la religion ne passe
pas, seule la spiritualité compte. De la religion il ne
reste qu'une certaine base culturelle. À vrai dire, une
heure de conversation convaincra que non seulement ils ont beaucoup
lu et retenu, mais que la spiritualité n'est pas un mot
vain. Elle transpire dans les valeurs de leur jeune trentaine et
ils semblent heureux de leur découverte si chèrement
acquise.
Alors me voilà de nouveaux assis sur mon banc à repenser.
Pourquoi accepter de faire avec eux une si belle démarche
même si nous ne sommes manifestement pas sur la même
longueur d'onde, du moins en surface ? Alors, après quelques
suggestions de lectures et de découverte de pistes moins
fréquentées dans l'Ancien et le Nouveau Testament,
le contact s'établit «pour vrai». Nous débutons
un cheminement vraiment ensemble.
Que s'est-il passé pour que le fonctionnaire de Dieu devienne
davantage un compagnon de route ? Car, il a bien fallut, à un
moment donné, posé la question de leur intérêt à venir
rencontrer un pasteur qui voulait, en fait, faire un peu plus que
de leur poser les très rituelles questions de promesses
et d'engagement. […]
Un mois avant le mariage,
le rôle du pasteur était
tout à fait clair. D'où la question : que fait un
pasteur dans cette histoire ? N'est-il qu'un maître de cérémonie
qui donne la parole aux mariés et à la famille comme
aux grandes fêtes ? Pourquoi pas ? Après tout ce ne
serait pas la première fois. Ou, au contraire, pourquoi
ne pas dire et proposer ce que le mariage religieux a de plus beau
et de plus riche, une véritable bénédiction,
dont le pasteur serait l'intermédiaire ? Expliquons-nous.
Une bénédiction, c'est dire du bien, et le bien en
question c'est de demander la garde, la protection et le soleil
de Dieu dans nos vies. Alors, comme ils disent si bien, ils ont «allumé».
C'est clair et parlant. Voilà, le tour est joué et
la boucle est complétée.
D'où quelques questions
qui demeurent.
Pourquoi la religion passe-t-elle si mal et la spiritualité si
bien, quand elle a sa place ?
Est-ce si grave d'avoir de la difficulté avec la religion
si au moins on saisit le fond ou l'essentiel ?
Et eux, ils l'avaient fort bien saisi.
Cela veut en tout cas dire
que le christianisme dont nous sommes issus n'est pas grand chose
s'il ne descend pas à la veine
qui fait vivre et transmettre la vie. Et nous savons fort bien
que la vie est comme l'écorce d'un arbre : à force
d'en enlever les couches on retrouve l'essentiel, le cœur.
Et là, c'est bien vrai : Dieu dans et à travers la
vie, celle nommée et l'inommable.
Jean Porret, Montréal - Québec

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