Béatrice Spranghers
     

 

Fais cela et tu vivras

Chacun connaît la parabole dite du Bon Samaritain. On la trouve dans Luc au chapitre 10, les versets 30 et suivants.

Jésus y met en évidence le comportement exemplaire d’un étranger, un non juif, qui vole au secours d’un homme gisant à demi-mort au bord du chemin, sans se préoccuper de son identité. Il suffit qu’il s’agisse d’un homme en détresse.

Juste auparavant, un prêtre et un lévite, bons juifs pratiquants, de la caste sacerdotale, sont passés outre, la conscience tranquille. Le blessé dépouillé de ses vêtements n’était pas identifiable, probablement pas juifs. Et la Loi ne prévoit pas qu’on se préoccupe du sort d’un non juif.
Ce qu’on oublie souvent quand on aborde cette histoire, c’est la raison pour laquelle Jésus la raconte. Il la raconte pour répondre à la question d’un pharisien, un juriste, « qui est mon prochain ? ».

Cet homme intelligent et cultivé a préalablement posé une autre question existentielle s’il en est « que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? ». Autrement dit, « que dois-je faire pour avoir la plus intense qualité de vie ? ». Et Jésus d’enchaîner par une autre question
« qu’est-il écrit dans la Loi et comment l’interprètes-tu ? ». Le juriste répond avec brio. Il associe un verset du Deutéronome (6 ;5) à un autre du Lévitique (19 ;18) : « Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même ». À cette remarquable réponse qui résume magistralement toute la Thora, Jésus acquiesce : « Tu as bien répondu, fais cela et tu vivras ».

Mais voilà le juriste curieux de connaître l’interprétation de Jésus à propos de ce concept assez vague du prochain. Voilà qui est fort intéressant. Parmi les très nombreux commandements traitant le sujet, comment Jésus envisage-t-il la reliance entre les individus ?

Il jette un pavé dans la mare en citant en exergue un Samaritain. Cet étranger mal aimé est le seul à pratiquer le cœur même de la Thora ! Les spécialistes traditionnels ont fait défaut. Qui plus est, ce Samaritain se substitue carrément à eux : il verse de l’huile sur les plaies du blessé. C’est précisément de l’huile et du vin que les prêtres et les lévites versaient sur le grand autel du Temple de Jérusalem. Le blessé inconnu est traité comme s’il était le Temple de Dieu !

Ici mieux que partout ailleurs dans les évangiles, nous trouvons l’interprétation fondamentale que Jésus donne de la Loi : aimer Dieu, c’est agir de telle sorte que n’importe qui dans le monde soit mon prochain. Ou, plutôt, que je devienne le prochain, que je m’approche de quiconque en détresse, quel qu’il soit.

Voilà le critère absolu de choix dans l’orientation de l’action. Jésus le résume dans ce qu’on appelle la règle d’or : « Agis envers les autres comme tu voudrais qu’ils agissent à ton égard ».

Béatrice Spranghers, Lillois le 17 septembre 2005