La Réforme protestante

Au 16e siècle, le Brabant comptait de nombreux adhérents d'un mouvement religieux du nom de «Hommes de l'intelligence» dont un groupe, qui s'intitulait «Frères de la vie commune», s'établissait à Bruxelles dans le quartier Saint Géry où il se fait connaître sous le nom de «Maison de Nazareth». Erasme en fut élève.

En 1517, Luther rédige ses 95 thèses sur «la vertu des indulgences». Sa critique théologique d'une pratique romaine rencontre un large écho. Cependant, il ne fait alors que se conformer à l'usage qui autorise tout docteur en théologie à susciter une discussion publique.

La Réforme gagne les Pays-Bas dès 1519 au moment où Charles-Quint prenait les commandes du pays. Et la Faculté de Théologie de Louvain, citadelle de l'orthodoxie, fut la première en Europe à condamner sans appel les doctrines de Luther. Déjà, le 8 octobre 1519, un bûcher consumait ses écrits. La Bulle "Exurge Domine" (1520) et l'Edit de Worms (1521) sont appliqués, des édits de plus en plus sévères (les placards) sont publiés, et l'Inquisition entre en action. Erasme, inquiet de la répression, se réfugie à Bâle en 1521. Les deux premières victimes de la réforme, Henri Voes et Jean van Essen, moines augustins d'Anvers, sont exécutés à Bruxelles en 1523.

Le prédicateur calviniste, Pierre Brully, organise dès 1540 l'église de Tournai. La même année, nous voyons des échevins, à Nivelles et à Braine-le-Château, instruire et juger des procès à nos coreligionnaires brabançons. Le pasteur Guy de Brès rédige en wallon, d'après les conseils de Calvin et de Bèze la "Confessio Belgica".

" Vive les Gueux "

Le cri de révolte des protestants retentit pour la première fois.Le pasteur François du Jon et une douzaine de nobles rédigent une requête qui allait être signée par plus de mille nobles et présentée par trois cents d'entre eux à la Gouvernante des Pays-Bas, Marguerite de Parme. Parmi eux, nous relevons les noms de Jean de Withem (château de Braine-l'Alleud); Jean de Hornes (château de Braine-le-Château); de Ryfoyr (château d'Ittre). Le 5 avril 1566, ils s'étaient rendus en cortège - à Bruxelles - de l'hôtel de Culembourg au palais de la Gouvernante.

C'est au cours de la remise de la requête qu'un Conseiller de Marguerite lui dit "Rassurez-vous, Madame, ce ne sont que des gueux". Le soir même, la Ligue des «GUEUX» est formée, elle adopte la devise proposée par le comte Henri de Bréderode : «Fidèles au roy jusques à porter la besace» ainsi que «Par le sel, par le pain, par la besace, les Gueux ne changeront quoiqu'on fasse !». Cent mille protestants doivent fuir le pays. Nombreux sont ceux qui cherchent refuge à Genève et à Londres. Plusieurs milliers sont saisis et condamnés à mort par le Conseil des Troubles, notamment les comtes d'Egmont et de Horn.

Malgré les persécutions, les protestants de Nivelles, de Ronquières, d'Ittre, de Braine-le-Château et de Lasne, fondent une église en 1568. Le pasteur calviniste habitait Ronquières d'où, à peine installé, il fut chassé avec la plupart des membres de l'église par les Espagnols sur ordre du Duc d'Albe. Ceux dont la fortune n'était pas portative et qui voulurent tenir tête au pouvoir furent bannis, roués, brûlés, pendus ou décapités, suivant que leur position sociale indiquait un châtiment ou l'autre. Les exécutions pour cause religieuse sont faites publiquement à Nivelles en janvier 1569. Il faudra cependant attendre 1610 pour extirper définitivement, du moins l'espèrent certains, le protestantisme du Brabant wallon.

Les Guerres de Religions

Le règne de Charles-Quint avait été celui de la Contre-Réforme, le règne de Philippe II appartiendra aux Guerres de Religions. Les protestants ont à leur tête Guillaume, comte de Nassau-Orange, dit le Taciturne et Marnix de Sainte-Aldegonde. Ils réussiront à fonder un Etat Libre : la République du Nord. Au sud, les Provinces Espagnoles seront entièrement catholiques, car les derniers éléments protestants sont éliminés. L'émigration massive amorce la décadence économique de régions autrefois florissantes. Les pays du nord en profitent : par exemple, les aciers suédois «Volvo» d'Osterby sont le fait d'émigrés protestants liégeois. Ce sont des réfugiés qui fondèrent la Compagnie des Indes Orientales, la «Nouvelle Belgique», qui deviendra l'Etat de New York, est fondée en 1622, des protestants du Brabant font partie des pionniers.

Pendant plus de deux siècles, épuisés par l'intolérance, les bûchers, les saisies, les conversions forcées, etc., les protestants chercheront refuge dans des régions plus hospitalières.

L'édit de tolérance et la renaissance de l'église

En 1781, l'Edit de Tolérance de l'Empereur Joseph II leur accorde certains "privilèges". Mais cette tolérance est bien mesurée : les «Réformés» ne peuvent se réunir que sous la protection de l'ambassadeur de la République des Provinces-Unies (Hollande). 1802, le 18 germinal de l'an X, est proclamée la loi qui assure la liberté des cultes*. Et le 18 mai 1839, l'Etat Belge reconnaît l'Union des églises évangéliques protestantes qui rassemble des églises d'expression française, flamande et allemande. Un Arrêté Royal du 7 février 1876 les organise.

En 1861, nous retrouvons trace de protestants dans les régions d'Ittre, Bornival, Braine-le-Château, Waterloo, Rhode-Saint-Genèse, Lasne, Sart-Dames-Avelines, Bousval et Genappe. Il n'y a évidemment pas de temple car l'intolérance populaire n'est toujours pas entièrement estompée. Cependant, grâce aux dons de franc-maçons - protestants ou non - (1) et sous l'impulsion du président du synode, le pasteur Emile Rochedieu, notre temple est inauguré à Ittre en 1888. L'église avait, à l'époque, des liens étroits avec celle de Jolimont. Le pasteur Serex assure les cultes dès 1902 et multiplie les réunions dans la région. Lui succéderont les pasteurs Chr. Curtet, J. Hugé, Victor Blommaert, Dubuis (venant de l'église du Musée).

Avec le pasteur Matthieu Schyns (qui ira ensuite à la Chapelle Royale dit "le Musée") et le pasteur David Blume l'église affirme clairement son appartenance au libéralisme théologique, c'est-à-dire son rejet de tout dogmatisme.

Le 1er novembre 1924, Albert Bourquin, secrétaire du YMCA belge, accepte le ministère pastoral. Il n'est pas licencié en théologie, mais se formera sur le tas. C'est sous son égide que l'église se développera à Braine-l'Alleud, à Waterloo et à Lasne. Faisant l'expérience douloureuse de beaucoup de méfiance et d'hostilité, par son audace et son courage, il annonça à temps et à contretemps la Parole de Dieu, contestant l'Eglise dans ses structures d'installation et d'habitudes.

Le 23 février 1975, le pasteur Philippe Fromont lui succédait. Le 1er juillet 1979 il acceptait la charge à l'Église Wallonne d'Amsterdam et c'est le pasteur Pierre A. Bailleux qui assure aujourd'hui le ministère pastoral.

(1) la plupart membres de la loge bruxelloise "Les Amis Philanthropes". Ils furent à l'origine également du "Foyer de l'Ame" à Bruxelles et d'une petite communauté protestante à Sart-Dame-Avelines.